samedi 13 décembre 2025

Horloge intérieure

Libéré des angoisses et des poids qui enlacent,
L’esprit, en sa paix ferme, à l’instant s’embellit.
Il brise les liens que les heures effacent,
Et du Temps précieux goûte le fruit qui luit.

L’aiguille au ciel parcourt son cercle impartial,
Comptant nos jours bornés d’une égale mesure.
Ce n’est point l’abandon qui nous devient fatal,
Mais l’heure sans emploi, perdue, sans culture.

Notre pouls, fugace, est le sublime rythme ;
Notre souffle, l’espace où vit notre destin.
Le cœur bat la pantomime,
Des secondes en fuite, ô capital festin !

Quand s’éteint la terreur de perdre ce qu’on aime,
Quand naît l’amour de l’heure et de son vol subtil,
L’âme en convalescence enfante son problème:
Un sage qui savoure un fruit, fût-il fragile.

Métamorphose intime, obscure guérison,
Transformation lente au silence cachée,
L’horloge bat l'ultime estime
De l’instant, papillon sur la fleur épanché.

Les visages s’en vont, les minutes demeurent ;
Les rencontres s’effacent, les heures persistent ;
Les adieux nous surviennent, les saisons demeurent ;
Les nœuds se dénouent, mais les jours subsistent.

Détaché du filet où la Possession trame,
Ancré dans l’éphémère et libre d’illusion,
L’esprit, au but ultime,
Cultive le présent avec dévotion.

Craindre non la perte des êtres éphémères,
Mais chérir le seul bien que le Ciel nous donna:
La sagesse en poussière,
Le trésor de l’instant dont l’essence rayonne.

À quoi bon l’attache à des ombres légères,
Quand le sable précis fuit entre nos doigts vains?
À quoi bon les alarmes, ces douleurs amères,
Quand coule à jamais l’onde aux rythmes incertains?

Les aiguilles tournent, constantes, inexorables ;
Les grains tombent sans grâce et sans compassion;
Les dates sont instables, lointaines, indifférentes ;
Le Temps règne en monarque et sans concession.

Les vrais liens résistent au flux des marées ;
Les faux s’évanouissent au premier tourment.
Les heures sont sacrées, nul ne les rachètera :
Investissons-les d’un noble sentiment.

Quand l’esprit délivré recouvre la lumière,
Il saisit la valeur du joyau temporel.
Jamais plus l’esclave d’une vaine carrière,
Il devient le gardien d’un trésor éternel.

Lorsque s’évapore une crainte insidieuse,
Quand brille la Vérité, simple et radieuse,
La vie prend une allure harmonieuse,
L’âme resplendit, sereine et gracieuse.

Choisir l’heure qui passe et jamais ne revient,
Plutôt que l’absent peut-être qui survient:
C’est le bien véritable où la vertu s’enracine,
C’est le noble maintien où la sagesse affine.

Entre la peur du temps et l’acceptation pure,
Se dessine un courage, indomptable et serein.
Ta force est la sculpture
D’un héros qui surmonta l’impossible destin.

Ces monts infranchissables, ces fleuves sans rivage,
Ces murailles d’airain que tu crus indomptables,
Tu les as traversés, ô guerrier sans visage,
Et de ton pas puissant les marches sont foulables.

Regarde derrière toi : les obstacles terrassés,
Les dragons abattus,les démons mis en fuite,
Les périls effacés, les dangers dépassés,
Témoins muets des combats dont ton âme est instruite.

Ta force excède tout ce que tu peux concevoir,
Ta vaillance surpasse et défie ta pensée,
Ta bravoure est un miroir
Où l’infini de ton courage est reflété.

Quand viendront les orages aux nouvelles collisions,
Quand surgiront des maux aux sinistres couleurs,
  Rappelle-toi tes propres guérisons ,
Et garde haut l’étendard des anciens vainqueurs.

Ne fléchis jamais sous l’obscur des fardeaux,
Ne courbe point ton front sous l’assaut des nuées,
Ne cède pas aux bourreaux,
Mais reste fier, debout, dans l’honneur habitée.

 

jeudi 11 décembre 2025

Nature première

Ô toi, dont le fier regard fuit l’apparat,
Brise l’étau des jugements vulgaires;
Que ton essence, jaillissant sans fard,
Déjoue les chaînes aux subtils calibres.

Lève ton étendard, singulier et fier,
Proclame ta vérité, rebelle et franche ;
Qu’aucun décret n’impose à ton âme altière
Le manteau falot d’une foi qui se penche.

Si l’opinion commune vacille et tremble
Devant le port altier de ton être entier,
Reste debout, que rien ne te rende humble,
Face au torrent d’un monde peu familier.

Ton authenticité, pure et rayonnante,
Surpasse l’éclat de mille mascarades;
Que ton individualité, tonnante et vivante,
Fasse trembler leurs bien fragiles palissades.

Rejette l’ornement, l’hypocrite parure
Qui voile l’élan vrai, le feu primordial ;
Ton franc-parler, limpide et sans souillure,
Brave l’océan de leur chant inégal.

Ne courbe jamais l’échine sous leur sentence,
Qui voudrait polir ton relief indompté;
Garde intacte la sainte différance,
Trésor unique, par nature octroyé.

Car l’originalité demeure et persiste
Quand tout conspire à vouloir l’effacer;
Ton esprit, libre, résiste et existe
Au-delà des normes qui voudraient l’enlacer.

Arrache-toi enfin à leur lourde tutelle
Qui prétend régir tes nuances,tes couleurs ;
Ton unicité, divine étincelle,
Brille bien au-delà de leurs mornes rancœurs.

Cultive en toi cette noble bravoure
Qui ose se montrer au pur soleil du jour;
Que ton courage, d’une éternelle saveur,
Triomphe de leur froidure et de leur séjour.

Défends ton territoire, ton jardin intime,
Contre l’envahissement du commun vulgaire;
Ton caractère, légitime et sublime,
Vaut leurs vains accords de grégaire grammaire.

Affranchis-toi du verdict de leur règne
Qui juge à travers un prisme obscur et étroit;
Ta singularité, qu’aucun dédain ne peigne,
Trace un horizon plus droit et de plus haut.

Nargue leurs froides conventions, leurs usages
Qui glacent l’essor, l’élan créateur ;
Ton indépendance, loin de leurs rivages,
S’incline vers un destin supérieur.

Refuse cette fade uniformité
Qui nivelle les cimes, aplanit les cœurs ;
Ta franchise, ta riche personnalité
Transpercent leurs cadres, leurs vains labeurs.

Brise le moule étroit, préfabriqué,
Où leur vœu stupide espère te contraindre;
Ton authenticité, sacrée, inviolable,
Ne saurait en ces lieux étriqués s’éteindre.

Élève-toi, par la grâce de ta franchise,
Au-dessus du marais de leur médiocrité;
Que ton audace, qu’aucun frein ne brise,
Accomplisse ce qu’ignore la tiédeur de leur timidité.

Apprends l’art délicat du sage retrait
Quand l’environnement corrompt et dénature;
Préserve ton secret et saint secret
Des influences qui rompent ta signature.

Écarte-toi des êtres vils, sans flame,
Qui souillent la noblesse de ton dessein;
Choisis les compagnons, l’utile diadème,
Qui servent ton épanouissement serein.

La maturité, lentement, nous enseigne
À fuir les contacts vénéneux,toxiques ;
Que sur tes cercles choisis ta prudence règne,
Pour garder purs tes jardins spécifiques.

Protège l’estime, fragile et précieuse,
Des assauts répétés du mal sournois;
Sois vigilant, d’une âme ingénieuse,
Face au signal de l’hostile et du froid.

Évite les lieux, les situations
Qui compromettent l’or de ta valeur;
Préfère les rares et vraies relations
Qui chérissent ton essence et ton honneur.

Cultive en toi la subtile clairvoyance
Pour déceler le poison dissimulé;
Que ta persévérance, pleine de constance,
Sache,avec art, s’en être éloigné.

La paix du cœur parfois l’exige :
Rompre le lien, briser l’attache,
Quand l’entourage nous dirige
Vers de néfastes sentiers, sans tâche.

Choisis avec sagesse tes batailles,
Ne gaspille point ta force et ton génie
Sur qui, obstiné, en ses entrailles,
Refuse ta lumineuse harmonie.

Préserve l’équilibre, la sérénité,
Des turbulences, des vents néfastes ;
Reste ferme, garde en sa liberté
Ton navire face aux courants contrastes.

Garde, ô garde précieusement
L’intégrité de ta nature première,
Loin de tout lent avilissement
Qui ternirait ta céleste lumière.

Cesse de poursuivre l’âme indifférente
Qui détourne son regard de glace;
Forge plutôt ton propre firmament
Où ta loi règne, et prend sa place.

Cours, cours vers tes aspirations,
Vers ton ciel qui attend ton élan fervent;
Laisse les vaines hésitations
À qui craint le chemin, à qui ne se rend vivant.

 

dimanche 7 décembre 2025

L’art des paroles

Lorsque s’élève le faix d’un verbe probe et droit,
Une aurore paraît au seuil des lèvres frémissantes,
Le vocable s’envole, émissaire de ce globe,
Portant l’essor du matin aux sphères éclatantes.

Par la clarté d’une voix apaisée, sereine,
S’ouvre un passage où réside la grâce infinie,
Ses rameaux, syllabes aux teintes souveraines,
S’ancrent à l’instant où la gratitude s’épanouit.

Offrir ces vocables, c’est transmuer l’âpre,
Un pont d’astres entre deux cieux éloignés,
Car tout remerciement, noble et qui croît,
Demeure joyau des destins ordonnés.

Verbe élu, lorsqu’il touche et résonne en échos,
Devient miroir d’un respect impérissable,vrai,
Il scelle un pacte où l’écho redit ses propos,
Hymne d’un lien solennel à jamais.

Naît ainsi l’art des paroles données en partage,
Fragiles joyaux qu’on élève en offrande,
Elles transforment les lointains du rivage,
En clairs refuges où la confiance s’épande.

Remercier, c’est engendrer un espace,
Un abri pour l’effort noblement conduit,
Ce verbe porte le mérite d’une juste place,
Honore l’acte, en mémoire établi, instruit.

Sous la caresse d’un merci posé, harmonieux,
Une voie paraît, emplie de reconnaissance,
L’oubli s’efface, et l’esprit enfin pieux,
Reçoit l’écho d’une brève mais profonde présence.

Prononcer ce verbe, c’est ensemencer les graines,
Aux champs féconds des heures partagées,
Il germe au centre des relations humaines,
Liant les vivants par son haleine orangée.

Vérité jaillie des profondeurs intimes,
Quand la gratitude trouve son expression,
Le verbe s’élève, ardente et noble cime,
Éclairant les cœurs de sa divine mission.

Ô pouvoir du remerciement qui transforme,
Les rapports communs en trésors éternels,
Il donne aux gestes quotidiens une forme,
Qui les élève vers des sommets solennels.

Que résonne toujours cette mélodie sacrée,
Qui célèbre autrui en ses actions méritoires,
Ces paroles simples, pieusement murmurées,
Inscrivent à jamais les plus belles histoires.

Les lèvres qui prononcent ce verbe magique,
Deviennent fontaines de félicité pure,
Transformant l’instant en moment pacifique,
Où règne la paix en sa plus belle parure.

Ainsi s’épanouit la fleur de gratitude,
Aux jardins de nos vies journalières,
Elle chasse l’ombre de l’ingratitude,
Et fait rayonner nos relations légères.

Honorer autrui par ce simple vocable,
C’est reconnaître sa valeur inestimable,
C’est édifier des ponts fermes, durables,
Entre les cœurs, rendant l’existence aimable.