Ô toi, dont le fier regard fuit l’apparat, Brise l’étau des jugements vulgaires; Que ton essence, jaillissant sans fard, Déjoue les chaînes aux subtils calibres.
Lève ton étendard, singulier et fier, Proclame ta vérité, rebelle et franche ; Qu’aucun décret n’impose à ton âme altière Le manteau falot d’une foi qui se penche.
Si l’opinion commune vacille et tremble Devant le port altier de ton être entier, Reste debout, que rien ne te rende humble, Face au torrent d’un monde peu familier.
Ton authenticité, pure et rayonnante, Surpasse l’éclat de mille mascarades; Que ton individualité, tonnante et vivante, Fasse trembler leurs bien fragiles palissades.
Rejette l’ornement, l’hypocrite parure Qui voile l’élan vrai, le feu primordial ; Ton franc-parler, limpide et sans souillure, Brave l’océan de leur chant inégal.
Ne courbe jamais l’échine sous leur sentence, Qui voudrait polir ton relief indompté; Garde intacte la sainte différance, Trésor unique, par nature octroyé.
Car l’originalité demeure et persiste Quand tout conspire à vouloir l’effacer; Ton esprit, libre, résiste et existe Au-delà des normes qui voudraient l’enlacer.
Arrache-toi enfin à leur lourde tutelle Qui prétend régir tes nuances,tes couleurs ; Ton unicité, divine étincelle, Brille bien au-delà de leurs mornes rancœurs.
Cultive en toi cette noble bravoure Qui ose se montrer au pur soleil du jour; Que ton courage, d’une éternelle saveur, Triomphe de leur froidure et de leur séjour.
Défends ton territoire, ton jardin intime, Contre l’envahissement du commun vulgaire; Ton caractère, légitime et sublime, Vaut leurs vains accords de grégaire grammaire.
Affranchis-toi du verdict de leur règne Qui juge à travers un prisme obscur et étroit; Ta singularité, qu’aucun dédain ne peigne, Trace un horizon plus droit et de plus haut.
Nargue leurs froides conventions, leurs usages Qui glacent l’essor, l’élan créateur ; Ton indépendance, loin de leurs rivages, S’incline vers un destin supérieur.
Refuse cette fade uniformité Qui nivelle les cimes, aplanit les cœurs ; Ta franchise, ta riche personnalité Transpercent leurs cadres, leurs vains labeurs.
Brise le moule étroit, préfabriqué, Où leur vœu stupide espère te contraindre; Ton authenticité, sacrée, inviolable, Ne saurait en ces lieux étriqués s’éteindre.
Élève-toi, par la grâce de ta franchise, Au-dessus du marais de leur médiocrité; Que ton audace, qu’aucun frein ne brise, Accomplisse ce qu’ignore la tiédeur de leur timidité.
Apprends l’art délicat du sage retrait Quand l’environnement corrompt et dénature; Préserve ton secret et saint secret Des influences qui rompent ta signature.
Écarte-toi des êtres vils, sans flame, Qui souillent la noblesse de ton dessein; Choisis les compagnons, l’utile diadème, Qui servent ton épanouissement serein.
La maturité, lentement, nous enseigne À fuir les contacts vénéneux,toxiques ; Que sur tes cercles choisis ta prudence règne, Pour garder purs tes jardins spécifiques.
Protège l’estime, fragile et précieuse, Des assauts répétés du mal sournois; Sois vigilant, d’une âme ingénieuse, Face au signal de l’hostile et du froid.
Évite les lieux, les situations Qui compromettent l’or de ta valeur; Préfère les rares et vraies relations Qui chérissent ton essence et ton honneur.
Cultive en toi la subtile clairvoyance Pour déceler le poison dissimulé; Que ta persévérance, pleine de constance, Sache,avec art, s’en être éloigné.
La paix du cœur parfois l’exige : Rompre le lien, briser l’attache, Quand l’entourage nous dirige Vers de néfastes sentiers, sans tâche.
Choisis avec sagesse tes batailles, Ne gaspille point ta force et ton génie Sur qui, obstiné, en ses entrailles, Refuse ta lumineuse harmonie.
Préserve l’équilibre, la sérénité, Des turbulences, des vents néfastes ; Reste ferme, garde en sa liberté Ton navire face aux courants contrastes.
Garde, ô garde précieusement L’intégrité de ta nature première, Loin de tout lent avilissement Qui ternirait ta céleste lumière.
Cesse de poursuivre l’âme indifférente Qui détourne son regard de glace; Forge plutôt ton propre firmament Où ta loi règne, et prend sa place.
Cours, cours vers tes aspirations, Vers ton ciel qui attend ton élan fervent; Laisse les vaines hésitations À qui craint le chemin, à qui ne se rend vivant. |