L’aube, d’un gris suave, à pas lents s’évanouit Sous le pinceau nocturne aux doigts d’obscurité ; Les pigments vont naissant des limbes de la nuit Pour un chef-d’œuvre à l’or du jour ressuscité.
Au sein des ombres où les contours se fondent, Les vérités d’une sourde voix répondent ; Les certitudes, froids palais de glace immondes, Sous les soupçons légers en poussière s’effondrent.
Les triomphants, les yeux d’un feu sublime, Portés par un credo qui vers les cieux s’escrime, Courent, sans redouter les chemins de l’abîme, Au destin qu’appuya leur fierté magnanime.
Les joutes, folles sœurs, au souffle inespéré, Naissent de sources vives au plus profond cachées ; Les dogmes, en atours de soie diapré, Estompent les détours où l’errant trébucha.
La palette intime éclate et s’illumine, Ruisselle en chatoiements qu’aucun œil ne devine ; Les affects en cortège au soleil font cortège Et s’épanouissent en floraisons divines.
Les songes monte, altiers, en fastueux panaches, Déployant sous les cieux leurs orgueilleux attaques ; Sur l’étendue aux plis de silences sans taches Gronde l’impérieux mirage des reliques.
Les coloris de l’âme en éveil enchanté S’enlacent pour former un prélude étonné ; Les notes d’une sainte et céleste harmonie Vont, d’un art surhumain, la froide étude impie.
Les lueurs que nos vies ont fait lentement naître Se fondent en l’ardeur de tout vouloir renaître, En une cadence où commence à paraître L’accord du sens profond avec ce qu’il peut être.
Les feux de nos ferveurs, nos plus secrets délires, Se joignent en un seul, sublime et pur empire, Franchissant le piège obscur, l’abîme qui déchire, Pour atteindre au Verbe où l’être enfin respire.
Les nuances de l’âme en méditation S’accordent en une rondeuse évasion, Où vibre et se déploie, sous l’âpre passion, La trame émue que poursuit l’ambition.
Les couleurs des croyances, des émois fidèles, Rayonnent d’une intense et calme étincelle, Manifestant, par leur seule présence en elle, La grâce ténébreuse où notre essence appelle.
Les éclats de nos songes, nos élans essentiels, Composent à la fin de sacrés séquelles, Peignant l’azur profond des vœux solennels Où s’achève l’essor des plus purs flambeaux.
Les reflets de ce vrai que l’on crut intangible Se mêlent sous le libre arrêt d’un sort habile, Enfantant la splendeur de l’incréé, paisible, L’évidence où tout être en soi se réconcilie.
Les lueurs de nos plus secrets mouvements Montent par-delà tous les noirs dévorements, Traçant au front des nuits, en clairs alignements, L’alphabet des sentiers pour les renouvellements.
Les coloris enfin de l’éternel retour Brillent d’un feu fixe en un éternel séjour ; Ils rendent à la fragile cour Du temps vécu sa plénitude et son amour. |