mardi 25 novembre 2025

L'art des conquêtes

Vaisseau superbe, ornement des ondes,
Souveraine altière aux mers dévorantes,
La carène fendait les eaux profondes,
Reine des cieux,des brises murmurantes.

Sous le soleil, bâtiment insigne,
Scintillaient l'or et les bois d'ambre clair,
Les blancs tissus,bannières benignes,
Ondoyaient gais dans l'azul du éther.

Le pont luisait de pourpre et d'écarlate,
Les flancs polis,satinés par les ans,
Et sur l'étrave,où le jour se flatte,
Fleurissait blanc un lys éblouissant.

Gardienne fière aux rades lointaines,
Captivant l'œil par son port souverain,
Les courbes s'enfuyaient sous les lames pleines,
Noyant leur trait dans le liquide sein.

Quand s'éloignait des écueils avares,
Un long appel vibrait à l'horizon,
Les matelots aux regards barbares,
Suivaient longtemps son sillage et son nom.

Le firmament déployait ses toiles
Pour caresser son vol aérien,
Tandis que mille bras,fidèles étoiles,
Soutenaient l'œuvre au dessein ancien.

Les cieux d'azur, miroirs des abîmes,
La revêtaient de reflets nacrés,
Et les soleils,guides unanimes,
Conduisaient ses pas démesurés.

Dans la pénombre, parfois, surgissait
Le grand cétacé,rôdeur des nuits,
Mais le courage antique flambloyait
Au fer guerrier des robustes appuis.

Un chant montait des gaillards hardis,
Hymne vibrant qui grisait les courages,
Le sillage trace,pur et hardi,
L'avenir glorieux des grands voyages.

Sur l'onde pâle, éclat de rubis,
L'écume en fleurs mollement se brise,
Tel un joyau,frêle et alourdi,
Qui plonge au loin sous la brume indécise.

Quand la nuit close aux sombres pensées
Étalait son voile sur les bordages,
Le mât dressé,fierté lancée,
Éclipsait les cieux et leurs images.

Les bouches d'airain, gardiennes fières,
Assuraient la marche et son destin,
Célébrant la force des guerriers,
Et la fierté du dessein divin.

Des jours entiers, vers des rivages,
Fendait les flots d'un élan certain,
Joyau lointain sous les orages,
Exauçant l'onde au noble dessein.

Du Havre antique aux rives de Surate,
S'incrivait l'éternel passage,
Et la frégate,beauté scellée,
Ranimaient l'art du pur langage.

Le nom résonne encor dans les ports,
Par le défilé des mémoires,
Et dans les chants des durs efforts,
Répète l'éclat des histoires.

Plût au destin de voguer sans fin,
Sur ce sillage,ô forme élue,
Et d'oublier l'heure et sa fin,
Quand l'eau soupire et tout s'effuse.

L'onde redit ce serment doux,
Car le vaisseau,dans les pensées,
Demeure un joyau de gemmes claires,
Par les cieux mille fois berçé.

Ô frégate au destin suprême,
Quand les années se seront tues,
Le nom persiste,diadème,
Au firmament des vertus.

Les mâts, les voiles, les éclats,
Sont ciselés par l'onde et l'âge,
Et tout marin rêve,là-bas,
D'inscrire aux cieux tel témoignage.

Que le sillage luise encore,
Phare immuable et radieux,
Des flancs naît l'hymne sonore,
De l'infini qui charme les yeux.

Ô Havre ancien, berceau sacré,
De mille rêves portés vers l'onde,
Aujourd'hui voit,l'eau qui l'a pénétré,
S'élancer nefs aux destins immenses.

Les voiles neuves, candides et vastes,
Caressent l'air d'un souffle léger,
Poursuivant l'art des conquêtes fastes,
Gardant la ligne des nobles dangers.

Dans leur ombre errante, se devine,
Le spectre altier de la beauté,
Frégate d'or,gardienne divine,
Qui veille encore sur la cité.

Ainsi le temps, maître des songes,
Transmet ses rêves à l'avenir,
Et chaque nef qui s'y plonge,
Chante la gloire en souvenir.

Vaisseau superbe, passé et rêve,
L'âme se mêle aux flots dansants,
Chaque port qui s'émeut et s'élève,
Reçoit l'écho des nobles accents.

 

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