dimanche 2 novembre 2025

Paix profonde

Il était une fois, dans un paysage toscan où le temps lui-même semblait s'attarder par amour de la beauté, une ville de pierre blonde nommée Sienne. Et dans Sienne, courait une rumeur, plus ancienne que les plus vieux cyprès : celle de la Porta della Verità, une porte que nul ne pouvait voir, sauf celui dont l'âme était préparée à la franchir.

On disait que pour l'entrevoir, il ne fallait point chercher avec les yeux, mais avec la clarté intérieure que forge la patience. Les premiers pas sur ce chemin se faisaient dans la pénombre d'une caverne, semblable à celle où Dante, égaré, trouva la lumière d'un sentier escarpé. Beaucoup s'arrêtaient, croyant à une impasse. Mais celui qui persistait, les mains tâtonnant la paroi froide, voyait bientôt poindre une aurore douce sur les premières marches. C'était la première leçon : la clarté naît toujours de l'effort véritable.

Le chemin était pavé non de pierres, mais des vers ciselés par Pétrarque pour Laure, non pour la seule beauté, mais pour la vérité qu'elle incarne. Ces mots palpitants étaient les étoiles qui guidaient le voyageur. « Nul pas ne s'élève sans que son être n'ait été déchiré », murmuraient-ils à son oreille. Et celui qui marchait sentait ses anciennes blessures, ses douleurs qui encombraient l'âme, se dénouer sous la caresse d'une miséricorde printanière, comme celle que saint François offrit au loup de Gubbio.

Le temps, ce grand maître toscan, éprouvait la constance du pèlerin. Il n'était point un voleur, mais un forgeron. Il trempait la fierté secrète qui logeait au tréfonds des cœurs, et chaque épreuve choisie, chaque décret accepté, sculptait un peu plus la noblesse de l'âme. On apprenait alors, en lisant les leçons du passé dans le grand livre de la vie, que les heures sombres n'étaient point une détresse, mais la préparation pour cueillir le miel de la sagesse.

Parfois, un tourment tournoyait dans l'esprit du chercheur, semblable aux passions des héros de Boccace, vives et trompeuses. Mais il s'effaçait après l'attente et l'œuvre accomplie, laissant place à une sérénité qui renaissait en marche, harmonieuse comme une cadence de Leopardi.

Quand enfin le cœur, dépouillé de toute fausseté feinte, s'embrasait d'une ardeur vive et profonde, le désir devenait le pouls d'un bien nouveau. Alors seulement, la Porte apparaissait. Elle n'était pas d'or ni de marbre, mais de la simple lumière de la conscience éveillée. Elle s'ouvrait non sur un palais, mais sur un jardin où la vérité rayonnait, plus belle que jamais dans une âme devenue claire.

Là, le voyageur comprenait. La gloire ne reposait qu'en cette hauteur exemplaire ; elle ne se voyait jamais là où l'erreur élevait ses fantômes. La beauté bourgeonnait là où la vertu prospérait, embaumant l'air du parfum des œuvres généreuses.

Et lorsque la main des âges achevait son parcours, elle revenait à la balance de cette vérité suprême. Ne triomphait que celui qui, ayant délaissé les servages de l'orgueil et de la paresse, pouvait offrir le récit de sa traversée.

Ces récits, magnifiques et harmonieux, s'écrivaient alors d'eux-mêmes dans le grand livre de la sagesse, non avec de l'encre, mais avec la lumière d'une âme devenue sensible. Car, comme le conclut le voyageur en scellant son voyage en son Créateur, c'est en Lui seul que résident la joie sereine, la paix profonde et l'éternelle béatitude.

 

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