lundi 24 novembre 2025

Vers l'éternel

À l'horizon, s'élève une forme innée,
Vaisseau pensif,né du songe et du sel,
Son étrave fend la nuit constellée,
Cherchant un port où l'âme trouve son sel.

Nul capitaine en sa barre n'est maître,
Seul l'idéal guide son firmament;
Les voiles sont des pages à paraître,
Tendues vers l'aube au souffle du moment.

Ses flancs sont faits de vertu persistante,
Son mât robuste est un espoir dressé;
La boussole,une âme consistante,
Qui ne redoute aucun ciel offensé.

Il trace, au loin, un sillage de phare,
Où la raison danse avec la ferveur,
Éclairant l'onde où le doute s'égare,
Pour révéler la clarté du saveur.

Parfois, la houle, obscure et mensongère,
Tente d'éteire ce foyer mouvant;
Mais le vaisseau,dans sa force légère,
Reste l'écho du rivage et du vent.

Il porte en lui les graines d'un monde austère,
Où l'équité est l'unique trésor;
Son chant secret,que l'infini déploie,
Rappelle à l'homme à jamais son essor.

Les cieux changeants, miroirs de nos passages,
L'habillent d'ombre ou de midi vermeil;
Mais la coque garde,au cœur des orages,
L'inébranlable orgueil du soleil.

Qu'il vogue donc, au-delà des naufrages,
Hors du temps sourd et de ses lourds remords;
Son nom s'inscrit dans le livre des ages,
Comme un défi lancé à l'ombre et au sort.

Et quand la nuit, lentement, se retire,
Il apparaît,plus vivant et plus pur,
Témoin muet de ce qui va naître,
Promise au jour,magnifique et dur.

Ô noble Esquif, Ô pensée et matière,
Toi qui unit le réel et le rêve,
Ton voyage est la sainte prière
Que l'avenir dans son cœur doit.

Ainsi, le port, but de ta traversée,
N'est qu'un départ vers un autre azur;
L'âme s'y abreuve,un instant apaisée,
Puis reprend son vol vers l'éternel.

Que ton sillage, en sa droite persévérance,
Soit la leçon que les flots retiendront:
La plus belle rive est celle où l'on s'élance,
Et le seul repos est dans l'abandon.

 

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