dimanche 21 décembre 2025

Au-delà des sentences

Nul regard n’a surpris l’intime soufflrance,
Nul esprit n’a sondé la secrète affliction.
Nul jugement n’a vu l’entière souffrance,
Nul cœur n’a ressenti la pure consternation.

Tes bonheurs vécus sont d’un prix inouï,
Tes peines portées, d’un poids infini.
Tes soleils intimes, à nul autre pareils,
Tes nuits sans échos, hors du monde pareils.

Les arrêts du monde, vains et superficiels,
Ignorent les combats, les nuits, les ascensions.
Leurs balances sont sourdes aux fruits essentiels,
Leurs lois, à jamais, muettes aux passions.

Leur verdict naïf méconnaît la racine,
Leur sentence étroite ignore le dessein.
Il juge l’océan sur la goutte de pluie,
Et croit saisir l’éclair au creux de sa main.

Toi seul as foulé ce sentier solitaire,
Toi seul as guidé ton esquif sur les flots.
Ta route, tracée aux confins de la terre,
Se dérobe aux regards, aux communes échos.

Chaque pas fut le fruit d’un libre arbitrage,
Chaque choix, mûri pour le secret de toi.
Ton âme, ton seul guide en tout son voyage,
N’a de compte à rendre qu’à sa propre loi.

Laisse gronder au loin la vaine opinion,
Le chorus des sots, la froide analyse.
Leur savoir n’est qu’ombre et présomption:
Le blé ne peut juger de la semence apprise.

Ta vie est un livre aux pages sacrées,
Qu’un œil étranger ne saurait sonder.
Son essence fière, au vulgaire murée,
Se refuse à toute clé, hors de la confesser.

Elle brave, altière, l’usuelle entrave,
Elle rit des lois que le commun suit.
Son étoile unique, que nul autre ne grave,
Se forge un sillon où sa flamme conduit.

Nul tribunal n’a droit sur cette conscience,
Nulle cour mortelle autorité n’a là.
Le juge suprême, par sa noble science,
Est cet être unique: toi-même, te voilà.

Ta liberté vraie, en ton for intérieure,
Réside en ce choix qui toujours renaît.
Ton sceptre est ta force intime et meilleure,
Ton empire, le champ que ton seul cœur défrayait.

Ainsi, vis, persiste au-delà des sentences.
Que ton chant singulier brave leur vaine rumeur.
Ta manière d’être, tes seules défenses,
Scellent à jamais ta souveraine humeur.

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