Sois le feu qui s’élève au seuil de chaque aube, Quand le doute épaissit la lumière qui tombe ; Offre à l’instant tremblant la force calme et noble, Un souffle clair porté par la lenteur qui comble.
Écoute en toi le chant du silence subtil, Où l’attente façonne un pas léger, tranquille, Vers la clarté qui naît des régions immobiles Et mêle à la douceur un mystère fragile.
Nulle fuite en cela, nulle erreur de chemin, Mais l’élan d’une foi qui ne demande rien, Et qui s’élève encore en son humble maintien Sans jamais renier l’ombre au bord du matin.
Un regard quelquefois rallume l’espérance, Il brise les liens froids de l’ordinaire errance, Et ramène au réel la douce résonance D’un horizon ouvert par sa simple présence.
La vérité se plie, délicate et mouvante, Tel un ruisseau paisible ou l’eau vive s’invente, Qui choisit son parcours s’attarde ou s’augmente, Et se fraie un chemin où toute forme chante.
Sois patience et murmure en l’instant suspendu, Sois la pause qui tient sans effort superflu, Quand les gestes s’accordent au souffle retenu Et qu’un silence heureux transfigure le flux.
Certains liens se devinent au cœur du non-dit, Dans la clarté sans bruit d’un regard adouci, Où l’absence elle-même ouvre un passage exquis Vers ce qui se révèle et n’avait point jailli.
Attendre sans la peur est courage profond, Une danse au milieu des doutes qui répond ; Car le pas retenu trace un plus vaste rond Où l’âme sait mûrir sans naufrage au grand fond.
Ce qui vaut d’être aimé ne parle jamais fort ; Il brille comme un sceau posé sur notre sort, Une promesse calme aux éclats d’or et d’effort, Dont la lenteur travaille en son secret encore.
Ne méprise jamais la lenteur souveraine : Elle cisèle en paix les formes qu’elle entraîne, Tel la fleur qui s’ouvre en beauté presque pleine Loin du tumulte lourd et des griffes humaines.
Par le souffle surgit le choix d’offrir encore ; Le choix devient offrande et croit sans réconfort. Ce n’est point renier ce qui veille au-dehors, Mais tendre une confiance où s’apaise le sort.
Chercher sans se hâter dévoile la clarté : Les vérités profondes exigent leur durée ; Car le fruit trop pressé naît sans maturité, Et la liberté vraie s’apprend à se garder.
Attendre n’est défaite, mais ferveur offerte, Le patient tissage où l’âme se desserte, Un labeur sans calcul sous la main qui s’alerte Et laisse advenir l’aube en ses routes ouvertes.
Les âmes, quand enfin leur silence s’accorde, Ne se pressent jamais pour franchir une porte ; Elles marchent ensemble où la lumière déborde, Et reconnaissent l’autre au matin qui les porte.
Tout poème commence en l’éclat d’un espoir, Dans la tendre vigueur qui soutient le devoir, Et dans ce souffle pur qu’on ne peut concevoir Sans sentir qu’il demeure au-delà du savoir.
Quand l’un s’éloigne encore et l’autre tient la clef, Nul présage n’apparaît ni malheur ni reflet ; N’est qu’un vieux serment qu’on retire en secret, Pour laisser place au jour qui demande d’entrer.
Il faut deux pour bâtir les ponts du cœur sincère, Non un seul pour porter ce que l’autre espère ; L’épreuve devient noble, et la route plus claire, Quand la voix répond voix et que l’écho se serre.
Mais si nul son ne vient, l’effort devient fardeau : La quête solitaire est pierre sur le dos. Il est juste de voir quand se ferme un rideau Et quand l’ombre s’allonge au détour du repos.
Quand le cœur offert rencontre un long silence, Il s’incline et revient vers sa propre présence, Il retrouve en son sein l’ancienne délivrance Et renoue avec lui sa première constance.
Poser ses propres bornes évite les naufrages ; On déjoue les mirages de l’orgueil en passage, Car nulle route en soi ne mérite l’ombrage Si l’échange se meurt sous un froid paysage.
Un lien n’existe vrai que s’il se fait miroir ; Chaque reflet soutient l’autre en son pur devoir, Et sans ce double éclat, sans cet humble savoir, Nulle offrande ne dure au profond des couloirs.
Aimer, c’est avancer sans tirer ni presser, C’est suivre un même pas dans un même penser, Avec cette douceur qu’on ne peut traverser Sans sentir à quel point elle sait nous lier.
Efforts des tempêtes ont splendeurs singulières ; Ils renaissent du sable et des heures premières, Mais il faut contre tout que les âmes légères Tiennent l’unique rame en leurs forces entières.
Nul combat ne se gagne au bord d’un seul destin ; L’effort s’épuise alors, et l’ombre tend la main. Donner seul ne suffit sans l’écrin du chemin, Et l’amour sans retour demeure incertain.
Partage est cette étoile offrant son lumineux, Un guide traversant les chemins hasardeux ; Car seul, l’être se perd en des gestes poudreux Et s’égare aux détours du silence ombrageux.
Même les flammes pures se figent en hiver Si l’on oublie le monde où l’âme doit se taire ; Nul élan ne survit sans échange sincère, Et l’amour dépérit s’il s’offre solitaire.
Il faut donc reconnaître où se fausse la voie, Quand l’effort alourdit ce que l’ivresse emploie, Et comprendre sans heurt que l’on peut pour soi Soutenir l’univers que l’autre parfois broie.
Ne blâme pas le cœur qui donna sans compter : Il portait sa clarté même sans être écouté. Il est noble parfois de cesser d’insister Quand le regard d’en face apprend à s’effacer.
Car même l’amour pur réclame un tendre écho ; Sans reflet, il s’étiole et devient dur fardeau. Cueille l’instant simple et son discret flambeau, Car la lumière ose au frisson le plus beau.
Garde toi ce feu doux qui résiste aux marées Et traverse en secret les peines ignorées. Aime, mais exigeant que réponse apparée Soutienne ton offrande en paroles jurées.
Suis le sillon tracé par l’effort partagé, Non les ombres qui font la conscience plier. Sois ce pas qui attend, sans jamais renier Ce qu’il voit se dissoudre ou se déployer.
La patience n’est trouble que si l’autre ment ; Sinon, elle est l’étoile annonçant le moment Où l’avenir s’ouvre en un vaste firmament Et rend au cœur sa paix par un souffle aimant.
L’amour pur ne s’offre à personne qui se fuit, S’ouvre au compagnon dont le geste construit. Écoute cette alarme éclairant chaque nuit : Elle distingue le feu du vacarme en circuit.
Sois l’écho de ta flamme et non l’ombre d’hier ; Choisis la pierre douce où reposer tes fers, Car les liens vrais unissent sans briser la chair Et deviennent des ponts traversant la misère.
Retiens que l’amour danse à deux cœurs réunis, Et qu’aucune délivrance en chemin ne s’unit Sans le juste retour qui répond à l’uni Et révèle la paix après l’orage fini.
Sois fidèle à ton être, à ton feu, à ton pas, Mais non à la frayeur qui retient et détruit. Marche fier dans le monde, et ton cœur saura Que l’écho reviendra s’il ne trahit pas.
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