L’ombre des siècles lentement se lève Sur les confins perdus du songe ancien, Où la pierre répète un chant trop bref Et l’éternel soupir devient un lien.
Le marbre défait, sous les cieux pâlis, Garde une empreinte au silence uni ; Les astres muets, froides opales, Pèsent sur le sol infini.
Là, dort un ordre auguste et sévère, Une loi sans voix, sans mouvement, Où l’homme, nu, devant le mystère, Cherche l’accord du firmament.
Tout se dissout, tout se transfigure Sous l’œil fixe des soleils morts ; La chair se fait signe et écriture, Le limon obscur y porte son sort.
Les jours défunts, les heures fanées En plis légers viennent se poser Sur les frontons des destinées, En un songe las, sans reposer.
Nul tumulte ici, nulle rumeur, Seul le poids du vide, éternel, Creuse son sillon, son armure, Pour l’inerte tissu du ciel.
Pourtant, là, quelque chose affleure, Une palpitation de l’absent, Une vibration qui demeure Au sein même du néant.
Le passé n’est point poussière, Mais présence obscure, un ferment Qui défie la lumière En son cœur sombre et dormant.
Et l’esprit, captif des ruines, Y perçoit un frémissement, Un ordre secret, racines D’un vivant ensevelissement.
Ainsi commence le diadème, Lent exhumé du temps latent, Où chaque strophe est elle-même Un débris de l’éternel instant.
Surgissent encor les augustes vestiges, L’amertume douce des saisons défuntes ; Affleurent, purs, les échos du temps sonore Des archipels égarés aux cimes tortes.
Les artisans défunts ont laissé ces empreintes, Atmosphère du passé, suave encens ; Afflictions portant une noble grâce, Ces augustes échos iront s’affaiblissant.
Ils hantent l’étendue, anciennes splendeurs, Affleure subtil des jours évanouis ; Anamnèse lente de ce qui se dévore, Architecture vaine aux lointains blêmis.
Froides améthystes des pâles crépuscules, Ultime amplification du beau ; Accompagnements en tendres formules, Antiphonies claires des vieux roseaux.
Artères du temps mourant, si fragiles, Afflux de nostalgie, lourdes époques ; Amples résonances des anciens labeurs, Discrète accentuation des équivoques.
Arcanes de la mémoire, tendres, Affaiblissement des certitudes, doux ; Appartenance aux noirs grimoires, Amplitude immense des désuétudes.
Agencements fins de la lente ruine, Affleure du remords, tendre présence ; Pures architectures d’une usine, Antiques échos du souvenir qui pense.
Assemblages purs du temps révolu, Amorces vers l’oubli, tendres et sages ; Affres du temps perdu, si nobles, Appartenance au jadis des âges.
Archéologies du cœur meurtri, Affaissements de l’espérance, doux ; Murmures antiques du pays, Vestiges amples de l’errance aux goûts.
Altérations du présent, pures, Affleure du passé, tendres reflets ; Architectures des sentiments obscurs, Traces augustes de ce qui fut fait.
Arborescences de la nostalgie, Affres des souvenances, pures douleurs ; Antiphonies d’une secrète magie, Amplitudes de l’espoir en couleurs.
Archivages de l’émotion, doux, Afflux des époques, tendres charmes ; Souvenirs antiques de l’adoration, Échos augustes vers les fortes âmes.
Assemblées du souvenir, pures, Affaissement des ans, noble trésor ; Architectures du devenir, Traces des destins, amples encore.
Artères de la mémoire, fines, Affleure du temps fui, doux et discret ; Récits antiques de l’histoire, Vestiges augustes d’un secret regret.
Arcanes du remords, subtils, Affaiblissement du présent, pur ; Appartenance au temps secret, Architecture d’un futur obscur.
Et maintenant, le Silence règne Sur les débris du chant sacré ; La parole s’éteint et saigne Dans le marbre intemporel sculpté.
L’œuvre est close, le livre sombre Dans la cendre des visions ; Il ne reste plus que l’ombre Et la paix des conclusions.
L’esprit, ayant tout contemplé, Rentre en sa propre obscurité, N’emportant pour bien dissimulé Qu’une froide clarté.
Le temps reprend son cours oblique Sur les stèles du verbe ancien, Et la voix du poème oblique Se fond au néant aérien.
Rien ne demeure, tout s’efface, Mais dans le creux de l’infini, La beauté laisse une trace Que l’abîme a seul bénie. |
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