jeudi 11 décembre 2025

Nature première

Ô toi, dont le fier regard fuit l’apparat,
Brise l’étau des jugements vulgaires;
Que ton essence, jaillissant sans fard,
Déjoue les chaînes aux subtils calibres.

Lève ton étendard, singulier et fier,
Proclame ta vérité, rebelle et franche ;
Qu’aucun décret n’impose à ton âme altière
Le manteau falot d’une foi qui se penche.

Si l’opinion commune vacille et tremble
Devant le port altier de ton être entier,
Reste debout, que rien ne te rende humble,
Face au torrent d’un monde peu familier.

Ton authenticité, pure et rayonnante,
Surpasse l’éclat de mille mascarades;
Que ton individualité, tonnante et vivante,
Fasse trembler leurs bien fragiles palissades.

Rejette l’ornement, l’hypocrite parure
Qui voile l’élan vrai, le feu primordial ;
Ton franc-parler, limpide et sans souillure,
Brave l’océan de leur chant inégal.

Ne courbe jamais l’échine sous leur sentence,
Qui voudrait polir ton relief indompté;
Garde intacte la sainte différance,
Trésor unique, par nature octroyé.

Car l’originalité demeure et persiste
Quand tout conspire à vouloir l’effacer;
Ton esprit, libre, résiste et existe
Au-delà des normes qui voudraient l’enlacer.

Arrache-toi enfin à leur lourde tutelle
Qui prétend régir tes nuances,tes couleurs ;
Ton unicité, divine étincelle,
Brille bien au-delà de leurs mornes rancœurs.

Cultive en toi cette noble bravoure
Qui ose se montrer au pur soleil du jour;
Que ton courage, d’une éternelle saveur,
Triomphe de leur froidure et de leur séjour.

Défends ton territoire, ton jardin intime,
Contre l’envahissement du commun vulgaire;
Ton caractère, légitime et sublime,
Vaut leurs vains accords de grégaire grammaire.

Affranchis-toi du verdict de leur règne
Qui juge à travers un prisme obscur et étroit;
Ta singularité, qu’aucun dédain ne peigne,
Trace un horizon plus droit et de plus haut.

Nargue leurs froides conventions, leurs usages
Qui glacent l’essor, l’élan créateur ;
Ton indépendance, loin de leurs rivages,
S’incline vers un destin supérieur.

Refuse cette fade uniformité
Qui nivelle les cimes, aplanit les cœurs ;
Ta franchise, ta riche personnalité
Transpercent leurs cadres, leurs vains labeurs.

Brise le moule étroit, préfabriqué,
Où leur vœu stupide espère te contraindre;
Ton authenticité, sacrée, inviolable,
Ne saurait en ces lieux étriqués s’éteindre.

Élève-toi, par la grâce de ta franchise,
Au-dessus du marais de leur médiocrité;
Que ton audace, qu’aucun frein ne brise,
Accomplisse ce qu’ignore la tiédeur de leur timidité.

Apprends l’art délicat du sage retrait
Quand l’environnement corrompt et dénature;
Préserve ton secret et saint secret
Des influences qui rompent ta signature.

Écarte-toi des êtres vils, sans flame,
Qui souillent la noblesse de ton dessein;
Choisis les compagnons, l’utile diadème,
Qui servent ton épanouissement serein.

La maturité, lentement, nous enseigne
À fuir les contacts vénéneux,toxiques ;
Que sur tes cercles choisis ta prudence règne,
Pour garder purs tes jardins spécifiques.

Protège l’estime, fragile et précieuse,
Des assauts répétés du mal sournois;
Sois vigilant, d’une âme ingénieuse,
Face au signal de l’hostile et du froid.

Évite les lieux, les situations
Qui compromettent l’or de ta valeur;
Préfère les rares et vraies relations
Qui chérissent ton essence et ton honneur.

Cultive en toi la subtile clairvoyance
Pour déceler le poison dissimulé;
Que ta persévérance, pleine de constance,
Sache,avec art, s’en être éloigné.

La paix du cœur parfois l’exige :
Rompre le lien, briser l’attache,
Quand l’entourage nous dirige
Vers de néfastes sentiers, sans tâche.

Choisis avec sagesse tes batailles,
Ne gaspille point ta force et ton génie
Sur qui, obstiné, en ses entrailles,
Refuse ta lumineuse harmonie.

Préserve l’équilibre, la sérénité,
Des turbulences, des vents néfastes ;
Reste ferme, garde en sa liberté
Ton navire face aux courants contrastes.

Garde, ô garde précieusement
L’intégrité de ta nature première,
Loin de tout lent avilissement
Qui ternirait ta céleste lumière.

Cesse de poursuivre l’âme indifférente
Qui détourne son regard de glace;
Forge plutôt ton propre firmament
Où ta loi règne, et prend sa place.

Cours, cours vers tes aspirations,
Vers ton ciel qui attend ton élan fervent;
Laisse les vaines hésitations
À qui craint le chemin, à qui ne se rend vivant.

 

dimanche 7 décembre 2025

L’art des paroles

Lorsque s’élève le faix d’un verbe probe et droit,
Une aurore paraît au seuil des lèvres frémissantes,
Le vocable s’envole, émissaire de ce globe,
Portant l’essor du matin aux sphères éclatantes.

Par la clarté d’une voix apaisée, sereine,
S’ouvre un passage où réside la grâce infinie,
Ses rameaux, syllabes aux teintes souveraines,
S’ancrent à l’instant où la gratitude s’épanouit.

Offrir ces vocables, c’est transmuer l’âpre,
Un pont d’astres entre deux cieux éloignés,
Car tout remerciement, noble et qui croît,
Demeure joyau des destins ordonnés.

Verbe élu, lorsqu’il touche et résonne en échos,
Devient miroir d’un respect impérissable,vrai,
Il scelle un pacte où l’écho redit ses propos,
Hymne d’un lien solennel à jamais.

Naît ainsi l’art des paroles données en partage,
Fragiles joyaux qu’on élève en offrande,
Elles transforment les lointains du rivage,
En clairs refuges où la confiance s’épande.

Remercier, c’est engendrer un espace,
Un abri pour l’effort noblement conduit,
Ce verbe porte le mérite d’une juste place,
Honore l’acte, en mémoire établi, instruit.

Sous la caresse d’un merci posé, harmonieux,
Une voie paraît, emplie de reconnaissance,
L’oubli s’efface, et l’esprit enfin pieux,
Reçoit l’écho d’une brève mais profonde présence.

Prononcer ce verbe, c’est ensemencer les graines,
Aux champs féconds des heures partagées,
Il germe au centre des relations humaines,
Liant les vivants par son haleine orangée.

Vérité jaillie des profondeurs intimes,
Quand la gratitude trouve son expression,
Le verbe s’élève, ardente et noble cime,
Éclairant les cœurs de sa divine mission.

Ô pouvoir du remerciement qui transforme,
Les rapports communs en trésors éternels,
Il donne aux gestes quotidiens une forme,
Qui les élève vers des sommets solennels.

Que résonne toujours cette mélodie sacrée,
Qui célèbre autrui en ses actions méritoires,
Ces paroles simples, pieusement murmurées,
Inscrivent à jamais les plus belles histoires.

Les lèvres qui prononcent ce verbe magique,
Deviennent fontaines de félicité pure,
Transformant l’instant en moment pacifique,
Où règne la paix en sa plus belle parure.

Ainsi s’épanouit la fleur de gratitude,
Aux jardins de nos vies journalières,
Elle chasse l’ombre de l’ingratitude,
Et fait rayonner nos relations légères.

Honorer autrui par ce simple vocable,
C’est reconnaître sa valeur inestimable,
C’est édifier des ponts fermes, durables,
Entre les cœurs, rendant l’existence aimable.

 

vendredi 5 décembre 2025

Les ailes du savoir

Au seuil des mystères aux feuillets clos,
S’ouvrent les ailes altières du savoir,
Dévoilant archipels et vastes flots,
Où croissent à la fois espoir et pouvoir.

Ces lettres, ces syllabes, notes choisies,
En rangs disposés, concorde absolue,
Portent en leur fibre les rêveries,
Le miel de l’esprit que l’art distille.

Vestiges des siècles aux lointains fastes,
Parcourant les cercles du ciel profond,
Des stèles antiques aux codex vastes,
Vous portez l’enseignement fécond.

Manuscrits liés de fils scintillants,
Gisant sur les pupitres de fierté,
Récits éclatants, triomphes vaillants,
Gardez le secret de l’éternité.

Signes tracés sur papyrus anciens,
Contant les hauts faits des rois vénérés,
Messages gravés en traits sybillins,
Par les doigts experts des lettrés sacrés.

Vélin subtil aux peintures exquises,
Ouvrages lents des cloîtres pieux,
Missels ouvragés, œuvres promises,
Montrent leurs joyaux sous les saints cieux.

Surgit l’inventeur au dessein suprême,
Copiant les textes par légions,
Le connu s’élève au diadème,
Affranchissant l’idée des prisons.

Recueils couverts de soieries chamarrées,
Accueillant les vers des poètes saints,
Livrant leurs feuillets aux ardeurs sacrées,
Festin offert aux cerveaux affamés.

Bibliothèques aux rayons pourprés,
Abritant les songes et doctrines,
Conviant à partir vers des prés,
Au-delà des confins, des ruines.

Compagnons muets des heures discrètes,
Vous chuchotez les arrêts des peuples,
Portant en vos flancs les ancrettes,
Nourrissant nos cœurs de rites simples.

Quand sonne l’appel des pages vierges,
S’entrouvrent les portes des ailleurs,
Les caractères bougent, les vocables émergent,
Dévoilent leurs attraits, leurs saveurs.

Conseillers sagaces aux réponses graves,
Vous guidez nos pas vers les lumières,
Vos feuillets bruissent comme les laves,
Portant la raison des primes heures.

Refuges discrets aux jours de tourmente,
Vous offrez la fuite vers des États lointains,
Changeant les moments de peine lente,
En pèlerinages vers des destins.

Archives des temps aux pensées mûres,
Vous conservez les voix des âges éteints,
Gardant intact l’adage des scribes,
Comme un dépôt que nul n’a contraint.

Par vos pages vole la fantaisie,
Vers les pays où siègent les énigmes,
Portant l’entendement vers l’extase,
Des vérités voilées, des dogmes.

Ô tomes bénis, héritiers des astres,
Vous franchissez les ans, inaltérables,
Portant en vos cœurs les préceptes vrais,
Les songeries lourdes, impénétrables.

Fontaines sans fin des méditations,
Vous abreuvez les fronts altérés,
Donnant sans repos des oblations,
À ceux qui cherchent les vérités.

Protecteurs sans âge des doctrines nettes,
Vous dépassez les jours,sans déclin,
Conservant entier, malgré les défaites,
L’oracle sacré des temps divins.

Livres chéris, aux feuillets odorants,
Vous demeurerez nos confidents,
Conduisant nos pas vers les cieux errants,
Par les routes que nous empruntons.

Alliés sûrs des heures recueillies,
Vous partagez vos biens sans limites,
Éclairant de vos feuillets pâlis,
Les voies ténébreuses vers les abris.

Ô livres, gardiens des cycles anciens,
Qui franchissez les ères et les nues,
Des argiles cuites aux feuillets siens,
Portez l’épopée, la foi, les venues.

Jadis, sur des plaques de terre incisées,
Les gestes d’un roi furent conservés,
Hommes du croissant, aux stylettes fines,
Gravèrent les premiers germes, racines.

Vint le papyrus, des berges du fleuve,
Rouleaux égyptiens, minces mais neufs,
Les scribes, avec art, y traçaient les cultes,
Fables des aïeux, les dits des aïeuls.

Parchemin, peau de bête transfigurée,
Devint le corps des ouvrages enluminés,
Religieux, en leurs murs, avec ferveur,
Reproduisaient les phrases, gardant la faveur.

L’homme de Mayence, par son art nouveau,
Enfanta la presse, changeant le bourg,
Les volumes pullulèrent, les credos rayonnèrent,
La beauté s’offrit, les yeux s’étonnèrent.

Plus tard, vinrent les in-octavo légers,
Fictions, les traités, les strophes légères,
Les mots cheminèrent, les idées volèrent,
Ils devinrent amis, partout où l’on erre.

Aujourd’hui, demain et l’ère qui vient,
Les livres devinrent sortilèges,
Les salles de lecture et boutiques, miens,
Offrent des présents à la main, sans sièges.

Ô livres, vous êtes dépositaires du souvenir,
Sentinelles des sceaux de raison,
Éveillez les consciences, engraissez l’avenir,
Brasiers qui jamais ne tariront.

Quand l’homme interroge le silence,
Ils lui portent la réplique,
S’il connaît l’ennui, ils sont sa défense,
Sans voix vaine, ni réplique.

Amis proches, constants, indéfectibles,
Phares érudits, parfaits exemples,
Livres,à travers les jours, les cycles,
Sont à jamais loués, leurs miracles.

Il n’est pas octroyé à toute créature,
De vivre ceint de ces ondes,
Quand l’homme cherche une figure,
Ils lui portent la réponse, leurs mondes.

Compagnons des veilles, trésors des études,
Vous demeurez les piliers de l’esprit,
Face aux bouleversements, aux inquiétudes,
Votre feu conseille, apaise, nourrit.

Par vous, l’enfant s’éveille à l’aventure,
L’adulte trouve écho à son tourment,
Le vieillard revisite la peinture,
Des jours enfuis dans le firmament.

Ô permanence calme en l’océan des choses,
Îles de certitude en la mouvance,
Où l’on pose le pied, où l’on repose,
Hors du flux vain, de l’inconstance.

Dans votre sein, le passé respire encore,
L’avenir se dessine, possible et multiple,
Chaque page tournée est une aurore,
Chaque chapitre clos, un temple.

Vous liez les humains par delà les frontières,
Chaîne invisible et pourtant solide,
Où les pensées, sœurs en prière,
Deviennent un seul fluide.

Aussi, tant que les yeux sauront déchiffrer,
Tant que les mains tourneront la feuille,
Vous continuerez de faire lever,
L’inouï que le cœur recueille.

Demeurez donc, ô colonnes du songe,
Arche immense aux multiples ponts,
Où l’intelligence se prolonge,
Et trouve l’infini dont nous témoignons.

Dernier accord, ultime strophe close,
Que votre chant jamais ne s’achève,
Mais que sur l’avenir il se pose,
Comme une semence qui lève.

 

L’effort partagé

Sois le feu qui s’élève au seuil de chaque aube,
Quand le doute épaissit la lumière qui tombe ;
Offre à l’instant tremblant la force calme et noble,
Un souffle clair porté par la lenteur qui comble.

Écoute en toi le chant du silence subtil,
Où l’attente façonne un pas léger, tranquille,
Vers la clarté qui naît des régions immobiles
Et mêle à la douceur un mystère fragile.

Nulle fuite en cela, nulle erreur de chemin,
Mais l’élan d’une foi qui ne demande rien,
Et qui s’élève encore en son humble maintien
Sans jamais renier l’ombre au bord du matin.

Un regard quelquefois rallume l’espérance,
Il brise les liens froids de l’ordinaire errance,
Et ramène au réel la douce résonance
D’un horizon ouvert par sa simple présence.

La vérité se plie, délicate et mouvante,
Tel un ruisseau paisible ou l’eau vive s’invente,
Qui choisit son parcours s’attarde ou s’augmente,
Et se fraie un chemin où toute forme chante.

Sois patience et murmure en l’instant suspendu,
Sois la pause qui tient sans effort superflu,
Quand les gestes s’accordent au souffle retenu
Et qu’un silence heureux transfigure le flux.

Certains liens se devinent au cœur du non-dit,
Dans la clarté sans bruit d’un regard adouci,
Où l’absence elle-même ouvre un passage exquis
Vers ce qui se révèle et n’avait point jailli.

Attendre sans la peur est courage profond,
Une danse au milieu des doutes qui répond ;
Car le pas retenu trace un plus vaste rond
Où l’âme sait mûrir sans naufrage au grand fond.

Ce qui vaut d’être aimé ne parle jamais fort ;
Il brille comme un sceau posé sur notre sort,
Une promesse calme aux éclats d’or et d’effort,
Dont la lenteur travaille en son secret encore.

Ne méprise jamais la lenteur souveraine :
Elle cisèle en paix les formes qu’elle entraîne,
Tel la fleur qui s’ouvre en beauté presque pleine
Loin du tumulte lourd et des griffes humaines.

Par le souffle surgit le choix d’offrir encore ;
Le choix devient offrande et croit sans réconfort.
Ce n’est point renier ce qui veille au-dehors,
Mais tendre une confiance où s’apaise le sort.

Chercher sans se hâter dévoile la clarté :
Les vérités profondes exigent leur durée ;
Car le fruit trop pressé naît sans maturité,
Et la liberté vraie s’apprend à se garder.

Attendre n’est défaite, mais ferveur offerte,
Le patient tissage où l’âme se desserte,
Un labeur sans calcul sous la main qui s’alerte
Et laisse advenir l’aube en ses routes ouvertes.

Les âmes, quand enfin leur silence s’accorde,
Ne se pressent jamais pour franchir une porte ;
Elles marchent ensemble où la lumière déborde,
Et reconnaissent l’autre au matin qui les porte.

Tout poème commence en l’éclat d’un espoir,
Dans la tendre vigueur qui soutient le devoir,
Et dans ce souffle pur qu’on ne peut concevoir
Sans sentir qu’il demeure au-delà du savoir.

Quand l’un s’éloigne encore et l’autre tient la clef,
Nul présage n’apparaît ni malheur ni reflet ;
 N’est qu’un vieux serment qu’on retire en secret,
Pour laisser place au jour qui demande d’entrer.

Il faut deux pour bâtir les ponts du cœur sincère,
Non un seul pour porter ce que l’autre espère ;
L’épreuve devient noble, et la route plus claire,
Quand la voix répond voix et que l’écho se serre.

Mais si nul son ne vient, l’effort devient fardeau :
La quête solitaire est pierre sur le dos.
Il est juste de voir quand se ferme un rideau
Et quand l’ombre s’allonge au détour du repos.

Quand le cœur offert rencontre un long silence,
Il s’incline et revient vers sa propre présence,
Il retrouve en son sein l’ancienne délivrance
Et renoue avec lui sa première constance.

Poser ses propres bornes évite les naufrages ;
On déjoue les mirages de l’orgueil en passage,
Car nulle route en soi ne mérite l’ombrage
Si l’échange se meurt sous un froid paysage.

Un lien n’existe vrai que s’il se fait miroir ;
Chaque reflet soutient l’autre en son pur devoir,
Et sans ce double éclat, sans cet humble savoir,
Nulle offrande ne dure au profond des couloirs.

Aimer, c’est avancer sans tirer ni presser,
C’est suivre un même pas dans un même penser,
Avec cette douceur qu’on ne peut traverser
Sans sentir à quel point elle sait nous lier.

Efforts des tempêtes ont splendeurs singulières ;
Ils renaissent du sable et des heures premières,
Mais il faut contre tout que les âmes légères
Tiennent l’unique rame en leurs forces entières.

Nul combat ne se gagne au bord d’un seul destin ;
L’effort s’épuise alors, et l’ombre tend la main.
Donner seul ne suffit sans l’écrin du chemin,
Et l’amour sans retour demeure incertain.

Partage est cette étoile offrant son lumineux,
Un guide traversant les chemins hasardeux ;
Car seul, l’être se perd en des gestes poudreux
Et s’égare aux détours du silence ombrageux.

Même les flammes pures se figent en hiver
Si l’on oublie le monde où l’âme doit se taire ;
Nul élan ne survit sans échange sincère,
Et l’amour dépérit s’il s’offre solitaire.

Il faut donc reconnaître où se fausse la voie,
Quand l’effort alourdit ce que l’ivresse emploie,
Et comprendre sans heurt que l’on peut pour soi
Soutenir l’univers que l’autre parfois broie.

Ne blâme pas le cœur qui donna sans compter :
Il portait sa clarté même sans être écouté.
Il est noble parfois de cesser d’insister
Quand le regard d’en face apprend à s’effacer.

Car même l’amour pur réclame un tendre écho ;
Sans reflet, il s’étiole et devient dur fardeau.
Cueille l’instant simple et son discret flambeau,
Car la lumière ose au frisson le plus beau.

Garde toi ce feu doux qui résiste aux marées
Et traverse en secret les peines ignorées.
Aime, mais exigeant que réponse apparée
Soutienne ton offrande en paroles jurées.

Suis le sillon tracé par l’effort partagé,
Non les ombres qui font la conscience plier.
Sois ce pas qui attend, sans jamais renier
Ce qu’il voit se dissoudre ou se déployer.

La patience n’est trouble que si l’autre ment ;
Sinon, elle est l’étoile annonçant le moment
Où l’avenir s’ouvre en un vaste firmament
Et rend au cœur sa paix par un souffle aimant.

L’amour pur ne s’offre à personne qui se fuit,
 S’ouvre au compagnon dont le geste construit.
Écoute cette alarme éclairant chaque nuit :
Elle distingue le feu du vacarme en circuit.

Sois l’écho de ta flamme et non l’ombre d’hier ;
Choisis la pierre douce où reposer tes fers,
Car les liens vrais unissent sans briser la chair
Et deviennent des ponts traversant la misère.

Retiens que l’amour danse à deux cœurs réunis,
Et qu’aucune délivrance en chemin ne s’unit
Sans le juste retour qui répond à l’uni
Et révèle la paix après l’orage fini.

Sois fidèle à ton être, à ton feu, à ton pas,
Mais non à la frayeur qui retient et détruit.
Marche fier dans le monde, et ton cœur saura
Que l’écho reviendra s’il ne trahit pas.

 

mardi 2 décembre 2025

Lettre première

Le pas chemine sur une onde affaiblie,
Au cœur du dire, sous un ciel de fierté.
Les mots, polis, révèlent une conduite
Comme la pluie ranime l’antiquité.

Le sens, caché sous la lettre première,
Demeure astre au sein de la nuit obscure ;
On en tresse un collier de pierre claire
Pour l’esprit et le cœur, double nature.

Qu’une lecture cherche intelligence
Et goûte au trait la grâce contenue ;
Ceci n’est qu’un dépôt de confiance
Que l’encre trace avec lignes de nues.

En chaque vers, une source féconde,
Un parfum de croyance exhalé,
Une phrase au flux pur comme une onde
Qui désaltère un regard éclairé.

Si l’on voyait l’âme ainsi parée
Du secret du serviteur et du mystère,
Et qu’on s’approche du vrai, éploré,
La tendresse submerge la terre.

Retour à l’amour enclose et profonde,
Entre les murs intimes, en secret ;
Là s’expose une plainte au monde,
Qui vivifie sans mesure ni arrêt.

Offre un sourire aux roses : la vie
Est un pré verdoyant sous ton passage ;
Sème ta clarté sur l’ombre, infinie,
Lumière dissipant le voile des âges.

Persévère dans le nom du Très-Haut,
Par qui les cœurs demeurent inondés ;
Son orient luit à l’horizon haut,
Brillant d’une rosée de clartés.

Que la foi donne ce qu’elle a de limpide,
Les battements livrent les arcanes ;
Prie par ce cœur jamais rassasié
Que du chant des aubes diaphanes.

Les jours sont fleurs épanouies
À l’ombre de la joie et du guide ;
Porte ce flambeau qui dénoue
Les ténèbres du songe et du vide.

Le durable ne manque point si
Le pied s’ancre au flux des mers ;
La constance est la clé ici
En tout ciel où l’aube éclôt, amer.

La marche sur la route unie
S’orne d’un pacte sur le temps ;
Le soutien, en toute harmonie,
Offre sans fin dons éclatants.

Heureux qui garde en son allure
La juste voie, fuit les souillures,
Et pare son sein d’une ardure
Où s’ouvrent grandes les serrures.

Suis dans le gouffre existentiel
La voie d’affection ; tu cueilleras
L’apaisement en ton cœur fier,
Et tu offriras l’éclat du vrai
Marchant sur le cours assuré.

La clairvoyance enfante paix
Et enracine le sens sans ordre ;
Cultive son fruit que tu pais
De patience et d’élan concorde.

Les lueurs d’un Seigneur prodigue
Guident les pas du scrutateur ;
Son lustre, dans le siècle, brigue
Un ciel orné de splendeur.

Ce poème est une coulée d’ambre
Où les accents en l’ouïe expirent ;
Il va, sur le rythte du chambre,
Allumant des feux sur la lyre.

Il respire ses fleurs en un pré
Où l’expression et le son croissent,
Se pose sur des cœurs altérés
Comme une ondée en champs qui boivent.

Louange à Toi qui mis au verbe un charme,
Et tissas de clarté ses métamorphoses ;
Tu fis de mes dire un miroir calme
Montrant beauté, dévoilant choses.

Quand s’achève son cours, qu’on sache
Qu’il reste un air aux plis des ans,
Ou tel passage vers un espace
Sous le zénith ou l’aube en essor.

La plume a chanté dans le livre
Et posé son camp en ton refuge ;
Je la laisse aller vers tout givre,
Rare de sens, baume du lierre.

Le secret de durer est écrit
Dans une alliance à l’aura franche ;
Clôt ainsi le trajet du dit,
Visant le faîte et la perche.

 

Chant rythmée

Ce chant naquit d’un pur épanchement,
Que les accords ont adouci pour l’ouïe.
Il suit la loi du vœu, au sein du songe
Qui rallume les feux au plus profond.

Il huma ses floraisons au jardin
De l’expression rythmée et des échos,
Puis vint sur les cœurs altérés de lui
Comme l’averse apaisant la terre aride.

Gloire à Celui qui plaça l’enchantement au dire
Et fila, de l’aurore guide, ses phases !
Le discours devint miroir immaculé
Montrant la grâce et dévoilant ses arcanes.

Lorsque ses vers s’achèvent, qu’on le sache :
Ils persistent, mélodie au sein des âges,
Ou pareils au passage vers l’éther vaste
Sous le zénith ou sous l’aube fidèle.

Les calames ont modulé sur le rouleau vivant,
Fixé leur halte par Son agrément sûr.
Il fut confié à la route, vers tout cœur,
Sublime de sens, aromate des ans.

Le sceau de la durée gît en ce qu’on grave
Par le souffle candide et la parole nette.
Que l’itinéraire du langage ainsi s’achève, aspirant
À franchir l’ultime et gagner la cime.

L’amulette du verbe demeure clarté circulant
Autour du vrai, au for des humains.
Notre héritage, la pensée immaculée ; promesse
Du tracé dans le domaine permanent.

Les sens, par la grandeur, atteignent les hauteurs :
Ce sont les monts inébranlés, les sommets.
Exhalant leur quintessence sitôt que la quête
Ouvre les voies du rayonnement pur.

Élargissant l’horizon de l’éloquence, éclat fulgurant
S’épanouit au cours pareil aux corolles.
En son plein, résident le vrai et le lustre ;
La lueur unit les regards.

Apparaissant tel l’astre en sa fulgurance,
Nulle profondeur ne reste sans clarté.
Chantant la beauté devenue délice
Du regard intime et des pupilles.

La vie se voit par l’œil du clairvoyant :
Il dévoile la limpidité des occultes ténèbres.
L’amour se trouve en ses replis,
Abreuvant l’existence d’une paix auguste.

La voûte céleste ondoie en ses plis,
Par sa splendeur féconde et première.
Que ses significations soient semées sur ses ondes,
Traversant les espaces sans mesure.

Concept s’élevant par un esprit altier,
Par–dessus les plaines et tous les reliefs.
Il efface l’obscur, sème en toute créature
L’annonce salutaire et le lustre éminent.

Aux cœurs, elle s’est montrée semblable
À la rosée étanchant la soif de l’esprit,
Ou à la modulation parvenant aux oreilles,
Air incarnant le sens des traces.

Elle demeurera fraîche, exhalaison de la brise
Sur la pelouse où s’inclinent les fleurs.
Ou comme le pas sur la voie des compagnons,
Rafraîchissant le vase et réjouissant les nuits.

Le dire, lorsqu’il s’incarne avec probité
Au centre de l’écoutant du vrai comblé,
Projette sa lueur sur les brumes : alors brillent
Les lieux de la pensée neuve et féconde.

 

lundi 1 décembre 2025

Tendresse infinie

Amour immense maintient en état,
Affection cosmique garde en ce climat,
Tendresse infinie retient en cette phase,
Bienveillance absolue entoure et rase.

Non l'amour restreint aux relations humaines,
Mais amplitude dépassant toute gêne,
Non l'affection limitée aux personnes connues,
Mais magnitude embrassant les venues.

Amour sans objet ni sujet défini,
Puissance attractive sans limite ni fini,
Magnétisme universel attirant,
Gravitation spirituelle aspirant.

Rétention ne constitue emprisonnement,
Maintien n'équivaut confinement,
Captivité s'avère en fait élargissement,
Contrainte révèle affranchissement.

Paradoxe s'impose à conscience bouleversée,
Contradiction s'installe en pensée renversée,
Antinomie s'établit en perception changée,
Ce qui retient simultanément a dégagé.

Chose ineffable se produit soudain,
Événement indicible survient enfin,
Phénomène inexplicable advient certain,
Avènement inouï surgit au lointain.

Poitrine se dilate miraculeusement,
Thorax s'élargit prodigieusement,
Cage costale s'ouvre démesurément,
Enceinte corporelle s'étend infiniment.

Élargissement dépasse bornes physiques,
Extension transcende limites organiques,
Dilatation excède mesures biologiques,
Expansion outrepasse frontières physiologiques.

Ouverture à étendue insoupçonnée,
Épanouissement vers vastitude inimaginée,
Déploiement vers amplitude insondée,
Extension vers immensité non-bornée.

Territoire nouveau se révèle progressivement,
Contrée inconnue apparaît graduellement,
Domaine vierge surgit doucement,
Province inexplorée émerge lentement.

Non géographie terrestre aux contours définis,
Mais topologie spirituelle aux confins infinis,
Non cartographie matérielle aux repères finis,
Cosmographie immatérielle aux horizons indéfinis.

Lorsque disparaît ce qui constituait identité,
Lorsque s'évanouit ce qui formait propriété,
Lorsque s'abolit ce qui représentait sécurité,
Chose advient alors en vérité.

Non simple compensation à manque ressenti,
Non vain substitut à vide établi,
Non piètre remplacement au perdu parti,
Mais révélation authentique surgie.

Phénomène réel se manifeste concrètement,
Occurrence tangible se présente véritablement,
Fait avéré se constate effectivement,
Réalité indéniable s'impose absolument.

Perte totale n'aboutit point au néant,
Spoliation complète ne mène point au gisant,
Dépouillement radical ne conduit point au rien,
Dénuement absolu ouvre plutôt à l'ancien.

Ancien non au sens de passé révolu,
Mais au sens d'originel jamais perdu,
Primordial toujours présent mais occulté,
Fondamental éternellement là mais voilé.

Chose se passe réellement,
Événement survient véritablement,
Fait advient authentiquement,
Phénomène se produit concrètement.

Répétition insistante souligne vérité,
Affirmation renouvelée confirme réalité,
Déclaration réitérée atteste certitude,
Énonciation répétée proclame exactitude.

Ce n'est point illusion consolatrice,
Ce n'est point fantaisie séductrice,
Ce n'est point chimère apaisatrice,
Mais transformation véritable, libératrice.

Au seuil ultime où tout s'achève,
Au bord extrême où tout s'abrège,
Au terme final où tout se lève,
Commence enfin ce qui allège.

 

Vœux solennels

L’aube, d’un gris suave, à pas lents s’évanouit Sous le pinceau nocturne aux doigts d’obscurité ; Les pigments vont naissant des limbes de l...