Libéré des angoisses et des poids qui enlacent, L’esprit, en sa paix ferme, à l’instant s’embellit. Il brise les liens que les heures effacent, Et du Temps précieux goûte le fruit qui luit.
L’aiguille au ciel parcourt son cercle impartial, Comptant nos jours bornés d’une égale mesure. Ce n’est point l’abandon qui nous devient fatal, Mais l’heure sans emploi, perdue, sans culture.
Notre pouls, fugace, est le sublime rythme ; Notre souffle, l’espace où vit notre destin. Le cœur bat la pantomime, Des secondes en fuite, ô capital festin !
Quand s’éteint la terreur de perdre ce qu’on aime, Quand naît l’amour de l’heure et de son vol subtil, L’âme en convalescence enfante son problème: Un sage qui savoure un fruit, fût-il fragile.
Métamorphose intime, obscure guérison, Transformation lente au silence cachée, L’horloge bat l'ultime estime De l’instant, papillon sur la fleur épanché.
Les visages s’en vont, les minutes demeurent ; Les rencontres s’effacent, les heures persistent ; Les adieux nous surviennent, les saisons demeurent ; Les nœuds se dénouent, mais les jours subsistent.
Détaché du filet où la Possession trame, Ancré dans l’éphémère et libre d’illusion, L’esprit, au but ultime, Cultive le présent avec dévotion.
Craindre non la perte des êtres éphémères, Mais chérir le seul bien que le Ciel nous donna: La sagesse en poussière, Le trésor de l’instant dont l’essence rayonne.
À quoi bon l’attache à des ombres légères, Quand le sable précis fuit entre nos doigts vains? À quoi bon les alarmes, ces douleurs amères, Quand coule à jamais l’onde aux rythmes incertains?
Les aiguilles tournent, constantes, inexorables ; Les grains tombent sans grâce et sans compassion; Les dates sont instables, lointaines, indifférentes ; Le Temps règne en monarque et sans concession.
Les vrais liens résistent au flux des marées ; Les faux s’évanouissent au premier tourment. Les heures sont sacrées, nul ne les rachètera : Investissons-les d’un noble sentiment.
Quand l’esprit délivré recouvre la lumière, Il saisit la valeur du joyau temporel. Jamais plus l’esclave d’une vaine carrière, Il devient le gardien d’un trésor éternel.
Lorsque s’évapore une crainte insidieuse, Quand brille la Vérité, simple et radieuse, La vie prend une allure harmonieuse, L’âme resplendit, sereine et gracieuse.
Choisir l’heure qui passe et jamais ne revient, Plutôt que l’absent peut-être qui survient: C’est le bien véritable où la vertu s’enracine, C’est le noble maintien où la sagesse affine.
Entre la peur du temps et l’acceptation pure, Se dessine un courage, indomptable et serein. Ta force est la sculpture D’un héros qui surmonta l’impossible destin.
Ces monts infranchissables, ces fleuves sans rivage, Ces murailles d’airain que tu crus indomptables, Tu les as traversés, ô guerrier sans visage, Et de ton pas puissant les marches sont foulables.
Regarde derrière toi : les obstacles terrassés, Les dragons abattus,les démons mis en fuite, Les périls effacés, les dangers dépassés, Témoins muets des combats dont ton âme est instruite.
Ta force excède tout ce que tu peux concevoir, Ta vaillance surpasse et défie ta pensée, Ta bravoure est un miroir Où l’infini de ton courage est reflété.
Quand viendront les orages aux nouvelles collisions, Quand surgiront des maux aux sinistres couleurs, Rappelle-toi tes propres guérisons , Et garde haut l’étendard des anciens vainqueurs.
Ne fléchis jamais sous l’obscur des fardeaux, Ne courbe point ton front sous l’assaut des nuées, Ne cède pas aux bourreaux, Mais reste fier, debout, dans l’honneur habitée. |